Book'in: bouquine!

litterature jeunesse britannique

02 juin 2009

La voix du couteau

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The Knife of Never Letting Go (Chaos Walking Book One), traduit par Bruno Krebs
(Hors-série, Gallimard Jeunesse)

Il faut le dire tout de suite, ceci n’est pas un livre dont il est facile de parler (enfin je trouve). A part si bien sur on s’appelle Patrick Ness qui sait captiver son audience et parler de son œuvre magnifiquement (sous le charme je suis, si si !)

Todd Hewitt va bientôt être un homme. A Prentissville, où il vit, on devient un homme le jour de ses 13 ans (on apprend comment à la fin du livre mais Todd le sait pratiquement dès le début et refuse de nous le dire, ce qui crée une anticipation assez insupportable !). Il est le dernier enfant de cette ville de Nouveau Monde, depuis que toutes les femmes et les petits ont été tués par le Bruit, un virus qui permet aussi à tout le monde d’entendre les pensées des autres, qu’ils soient humains ou non. Le silence, à Nouveau Monde, ça n’existe pas. Du moins c’est ce que Todd croit. Une rencontre inattendue dans le marais poussent Ben et Cillian, pères adoptifs de Todd, à mettre leur plan (inconnu de Todd) en route plus vite que prévu : il faut que Todd fuisse, le plus vite possible et le plus loin possible de Prentssville. Il prend donc la fuite avec seulement son chien, un sac de victuailles, le couteau de Ben et le journal intime de sa mère, dont il ne connaissait pas l’existence jusqu’ici. Il prend également avec lui sa découverte du marais : une jeune fille, Viola, dont il ne peut pas entendre les pensées mais qui entend les siennes. Sur leur chemin, ils trébuchent de découverte en découverte, oscillent entre désespoir (pauvre Manchee !!!) et euphorie, jusqu'à la dernière page … dont je ne vous dirais rien !

Le style est très hachuré, il y a beaucoup de fautes d’orthographe, de grammaire et de syntaxe mais cela donne plus de force au texte et à son héros, et ce n’est jamais maladroit et est toujours très authentique. J’avoue pourtant que j’avais déjà commencé cette lecture et avait abandonné avant la fin du premier chapitre. Mais j’ai finalement voulu le reprendre (après ma rencontre avec Patrick Ness, il faut le dire !) et je me suis très vite laissé happer par l’histoire. Comme Gawou, ça m’a rappelé Tobie Lolness, pour son rythme haletant et cette incessante course-poursuite. On a du mal à le lâcher, et pourtant c’est plutôt un gros tome !

Lorsque je l’ai vu pendant une conférence, Patrick Ness a confessé avoir horreur de Twitter et du microblogage, et une fois qu’on lit ce livre on comprend pourquoi ! C’est un roman initiatique soit (avec une bonne dose d’aventure et de SF aussi), mais cela montre bien aussi ce qu’un d’accès instantané à l’information extrême peut donner !

Ce premier tome a déjà reçu le Booktrust Teenage Award, et le Guardian Children’s Fiction Prize. Il est au palmarès de la Carnegie Medal dont on connaitra le lauréat le 25 juin. On peut le voir parler de son livre sur le site de la Carnegie Medal ici

Le deuxième tome est déjà sorti chez nous (je ne l’ai pas encore lu, mais ça me démange !) et cela sera une trilogie.

L’avis de Gawou, Lael , Cathulu, Fashion, Faelys
Télérama (qui fait pourtant une petite bourde en disant que Ness est britannique)
et
Cuné qui n’a pas aimé par contre.

                                                    

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24 mars 2009

L'Etrange vie de Nobody Owens

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The Graveyard Book, traduit parValérie Le Plouhinec
(Albin Michel, collection Wiz)

Déçue je suis. Vraiment déçue. Qu’est-ce qu’il a pris à Albin Michel de :

1. changer le titre complètement (la très importante similarité avec Le Livre de la Jungle/Jungle Book disparait dans cette pagaille)?

2. ne pas utiliser l’illustration de Chris Riddell pour la couverture ?

Bon ça y est, j’ai vidé mon sac! Il faut le lire, ce livre, il est magnifique !

Mon billet, je l’ai fait à la sortie du livre ici en Octobre donc vous pouvez aller voir là-bas (désolée pour les allergiques à l’anglais !).

Que dire de plus ? Cela a été mon livre préféré de 2008 sans aucun doute.

Et puis, je vais vous faire un aveu : j’habite à coté d’un cimetière comme celui de Bod. Je le traverse pour aller à l’école des loupiots, pour aller faire les courses, de jour comme de nuit. Il fait partie de ma vie quotidienne. Depuis que j’ai lu ce livre, j’apprécie ce petit coin de tranquillité encore plus. Et je me suis aperçue qu’il y fait plus froid que dans le reste du village !?! Je m’attends toujours plus ou moins  à ce que Bod sorte de derrière une des tombes !

mychurch
Mon cimetière à moi!

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27 janvier 2009

La parole de Fergus

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Bog Child, traduit par
(Gallimard Jeunesse, collection Scripto)

La parole de Fergus est le troisième roman de Siobhan Dowd (le deuxième, London Eye Mystery, n’a jamais été traduit en français) et le premier de deux romans qui seront publiés posthumément (Solace of the Road sortira en février).

Nous sommes en Irlande du Nord, en 1981 , une période particulièrement noire dans le conflit. Fergus et son oncle Tally passent la frontière entre le nord et le sud pour aller voler de la tourbe qu’ils vendent alors aux gens qui se chauffent avec (ce qui donne aux rues irlandaises une drôle d’odeur d’ailleurs !). Mais alors qu’ils creusent, ils trouvent un cadavre. Ils pensent d’abord qu’il s’agit d’une victime de l’IRA. Mais il s’agit en fait d’une enfant qui est là, conservée par la tourbe, depuis 2000 ans.  Bientôt une archéologue arrive avec sa fille, Cora, dont Fergus s’emmourache, pour étudier le cadavre et Fergus commence à entendre, la nuit, la voix de Mel (c’est ainsi qu’ils l’ont nommé) qui lui raconte son histoire. Grâce à cette voix et aux découvertes de l’autopsie, la surprenante destinée de Mel se révèle.

Mais tout cela n’est qu’une partie de l’histoire. Mel offre un divertissement qui est bienvenu pour Fergus. A la maison, ce n’est pas tout rose. Son frère Joe, un "provo" (membre de l’IRA) est emprisonné à Long Kesh et comme beaucoup de ses camarades choisit de suivre Bobby Sands dans son combat et entame une grève de la faim. Un vieil ami offre d’aider Fergus : il essayera de convaincre Joe d’arrêter sa grève de la faim, si Fergus accepte de passer des "paquets" de l’autre coté de la frontière...

Ce magnifique roman nous offre deux histoires d’amour, de choix moral, et de sacrifice personnel à travers les récits parallèles de Mel et Fergus, mais c’est aussi plein d’humour, et historiquement convaincant. Ces choses que Fergus décrit, c’est mon mari qui pourrait vous les raconter, lui qui avait l’âge des sœurs de Fergus à cette époque.

Mais ce qui reste impressionnant à mon avis, c’est le talent de Siobhan Dowd, ce talent de surprendre le lecteur jusqu'à la toute fin du livre. On pense deviner ce qu’il se passe, comment ça va finir mais non, jusqu’au dernier moment, on est dupe ! Cela rend la lecture particulièrement satisfaisante.

J’aimerai vous en dire tellement plus, mais je ne veux pas gâcher votre plaisir. Si vous n’avez pas encore lu Siobhan Dowd, laissez-vous tenter, ce livre est certes moins "difficile" que Sans un cri, mais tout aussi magnifique.

Si ce livre n’est pas dans le palmarés de la Carnegie Medal en avril, c’est lamentable !

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12 janvier 2009

Arthur, l'autre légende

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Here Lies Arthur, traduit par Stéphane Carn
(Gallimard Jeunesse, collection Scripto)

Ce livre, ça faisait un bout de temps qu’il était en ma possession mais franchement j’y allais à reculons pour le commencer. Pourquoi ? Parce que j’ai horreur de la fiction historique d’abord et en plus Arthur et les chevaliers de la Table Ronde me barbent considérablement ! Pourtant, il me suit, Arthur. J’ai habité près de Winchester où on peut aller admirer la soi-disant vraie Table Ronde , et puis maintenant ici, je suis prés de Glastonbury, qui est lié aux légendes d’Arthur – selon elles il est enterré à Glastonbury Abbey et Glastonbury Tor, Ynys Wydryn dans ce livre, est y est aussi très présent.

Enfin bref, j’avais peu d’intérêt pour Arthur et je ne pensais pas apprécier ce livre. Mais j’avais tort. D’abord grâce à la plume de Philip Reeve, qui écrit décidemment un écrivain talentueux. J’avais beaucoup aimé Mortal Engines et j’avais été impressionnée par son style, et je le suis encore plus maintenant. Et puis aussi grâce à l’angle qu’il prend. Ce n’est pas vraiment un roman historique parce qu’il y a tellement peu de faits réels dans toutes les histoires brodées autour du roi Arthur – c’est une interprétation plutôt, et ça marche très bien. Notre héroïne est une jeune esclave Gwyna qui au début fuit la propriété de son maitre après que l’armée d’Arthur soit passée par là et ait tout brulé sur son passage. Presque tuée par un soldat, elle se réfugie dans la rivière et est finalement recueillie par le barde Mardynn (Merlin, of course) qui la soigne. Bientôt Mardynn partage avec elle les secrets de ses manipulations pour faire d’Arthur la figure iconique que l’on connait aujourdhui, et après avoir aidé Mardynn dans l’une de ses entourloupes, Gwyna devient sa servante mais pour cela elle doit s’habiller en garçon pour passer inaperçue et devient Gwyn.

Ce que nous offre Reeve est bien loin des légendes que l’on connait tous (d’ailleurs, Reeve nous offre une explication pour beaucoup de ces légendes, explications purement fabriquées par lui-même bien sur) . Pas de miracles, pas de forces extraordinaires ; les personnages de ce roman sont des êtres humains, avant tout des hommes et des femmes qui essaient de survivre au quotidien à une époque pas très folichonne ! Grace à son personnage principal, Reeve a créé la parfait  narrateur : Gwyna est d’abord fillette esclave, puis jeune garçon écuyer, puis dame de compagnie, puis soldat et à travers ses yeux on découvre la vie telle qu’elle a du être en ce début de Moyen-âge : le peu d’égard envers les enfants, la barbarie de la guerre, l’ennui et l’injustice d’être une femme. On pourrait presque dire que c’est un roman social que nous avons là.

Reeve est un écrivain formidable, son style est bien supérieur à beaucoup d’écrivains jeunesse. Mais ça ne rend pas cette lecture difficile ; il y a beaucoup d’action et d’humour, un peu de "gore" aussi, bref un bon roman d’aventure qui plaira aux plus jeunes autant qu’aux adultes.

Ce livre a reçu la Carnegie Medal en 2008, et c’est bien mérité.

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03 décembre 2008

La résistance: l'histoire de Peter

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The Resistance, traduit par Nathalie Perrony
(Editions Naïve, collection Naïveland)

D’abord, il faut que je le dise: quelle horreur cette couverture française ! Ils ont perdu les pédales chez Naïve ?

Nous retrouvons enfin les personnages de La déclaration dans ce deuxième volet écrit par Gemma Malley. Anna et Peter sont maintenant "légaux" et vivent à Surbiton depuis que les autorités les ont expulsés de la maison des parents de Anna. Surbiton est un très bon choix de la part de Malley: cette ville de grande banlieue londonienne est connue pour être la scène d’un vieux sitcom des années 70, The good Life. A l’époque, Surbiton était vu comme LA banlieue charmante ce qui est très ironique, vu que c’est loin d’etre le cas dans ce livre! C’est là qu’ensemble ils élèvent le petit frère d’Anna, Ben.
Peter est toujours impliqué dans la résistance
 et afin de faire un peu d’espionnage, il décide de se réconcilier avec son grand-père, Richard Pincent, propriétaire de Pincent Pharma, où sont fabriquées les pilules de longévité, et de travailler pour lui. Il pense pouvoir duper ainsi son grand-père, mais celui-ci a plus d’un tour dans son sac et est déterminé à faire signer la Déclaration à Peter et Anna en employant tous les moyens possibles. Pendant ce temps nous faisons également la connaissance de Jude, le demi-frère de Peter, dont on apprend l’existence à la fin de La déclaration quand la mère de Peter tue leur père. Lui aussi s'implique dans la résistance alors que Peter sous l'influence de son grand-père et de son mentor, le docteur Edwards, commence lui à douter de la "cause" et pense sérieusement à signer. Mais alors que tous les personnages principaux se retrouvent , pour une raison ou une autre (il ne faut pas trop en dire quand même !), à Pinsent Pharma, Peter et Jude découvrent ce qui se cache vraiment derrière la nouvelle génération de pilule de longévité, Longévité + et le dénouement ne peut qu’être dramatique !

Dès le début de cette lecture on se sent à l’aise, c'est comme retrouver un vieil ami. Le style de Malley est limpide, éloquent, et on veut continuer à lire , jusqu'à très - trop -  tard le soir ! Pourtant, les deux livres sont très différents; La déclaration offre une discussion philosophique sur l'idée de vivre pour toujours, d’éradiquer la jeunesse et la vieillesse, alors que La résistance se base beaucoup sur l’éthique de la recherche et de la manipulation génétique. Il y a beaucoup de petits bouts scientifiques dans ce livre et j’ai appris beaucoup de choses sur les cellules souches ! Malley arrive parfaitement à lier ce qu’il se passe dans notre société d’aujourd’hui à sa vision futuristique du Royaume Uni. Par exemple la raison pour laquelle le Royaume Uni est à la pointe du progrès dans le développement de la longévité est parce que il y a longtemps (c'est-à-dire à notre époque) le gouvernement britannique a légalisé les expérimentations sur les cellules souches alors que les USA le refusent toujours. Il y a eu beaucoup de controverse dans les medias ici lorsque cette recherche a été légalisée en 2005. Cela rend l'histoire plus crédible, et ça fait froid dans le dos! Encore une fois, Gemma Malley nous fait réfléchir, tout en nous offrant un un récit palpitant

Beaucoup de lecteurs paraissent déçus de cette suite, trouvant cette suite trop simpliste, ou pas assez  à propos d’Anna (mais comme le sous-titre français – qui n’existe pas dans la version britannique – le souligne, il s’agit cette fois de l’histoire de Peter!). Une autre critique est que la narration se fait cette fois à la troisième personne, par rapport à La déclaration dans lequel on passe du point de vue d’ Anna à celui de Peter. Ça ne m’a pas gêné du tout je dois le dire ; je suis restée très accrochée aux personnages.

C’est vrai que La résistance n’est peut-être pas aussi réussi que La déclaration; mais avec un premier livre d’un tel niveau, la suite, c’est sauvent un peu une déception, non ? Moi en tout cas je ne suis pas déçue du tout et j’ai beaucoup, beaucoup aimé. J’ai trouvé le rythme haletant, les discours intelligents. Ok, tout se passe un peu vite à la fin mais comme les protagonistes se retrouvent tous dans un même endroit par hasard, ça ne peut que se faire très vite, sans préméditation.
La fin est ouverte, mais je ne sais pas s’il y aura un troisième volet. J’espère en tout cas que Malley ne s’arrêtera pas là, que ce soit à propos d’Anna et Peter ou de tout autre chose.
 

Aller faire un tour ici:

surplus

(Je pense que le site a été créé par Bloomsbury, son éditeur britannique car leur adresse est également Soho Square.)

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19 novembre 2008

Ce que j'étais

41Cn_9y_DCL__SS500_Meg Rosoff
What I Was
(Hachette, collection Black Moon)

Nous sommes en 1962, et notre héros (dont on apprend le nom qu’à la fin donc je ne vous le dis pas !) vient de se faire renvoyer de son deuxième pensionnat et se retrouve sur le chemin du troisième, St Oswald’s, situé sur la cote est de l’Angleterre.  Encore une fois, il se sent à l’écart, différent des autres élèves, révolté contre l’ "establishment" du système éducatif privé et contre son père qui personnifie tout cela. Un jour qu’il fuit l’atmosphère de l’école en se promenant sur la cote il fait la rencontre de Finn, un jeune adolescent comme lui, qui pourtant semble vivre seul dans une cabane de vieux pécheur. Il pèche et vent ses trouvailles au marché. La vie de notre héros se définit alors ainsi : il y a un avant-Finn, et un après-Finn; il devient obsédé et attiré par le jeune homme, chose qu’il ne comprend pas car il se sait non- homosexuel. Cette nouvelle amitié lui fera faire face à sa vie et la façon dont il veut vraiment vivre ; une découverte étonnante et une double tragédie à la fin le feront finalement basculer vers la vie qu’il veut vraiment. Ceci est une vraie coming of age story, avec des moments poignants et des moments durs. Le héros n’est pas particulièrement amiable à mon gout, mais on peut facilement mettre cela de coté. Mais attention, ceci est loin d’être une lecture facile, et je pense que même les fans invétérés de Maintenant c’est ma vie ne trouveront pas forcément leur compte dans cette lecture. Personnellement j’ai eu l’impression pendant cette lecture que Rosoff était plus préoccupée par son style que par son histoire. Ça se voit bien à la fin : avec Si jamais et Maintenant, c’est ma vie, la fin est ouverte, certes, mais on ne reste pas sur sa faim. A la fin de Ce que j’étais, c’est un peu "Hein ? Quoi ? C’est tout ?". C’est frustrant, surtout parce que ceci est sensé être une lecture pour ados avant tout. Les auteurs pour adultes qui en font trop question style, il y en a des tonnes et c’est pénible, mais ce n’est pas trop grave; un adulte pensera "bof" et passera à autre chose. Quant on écrit pour ados, c’est autre chose, on a une responsabilité à délivrer un produit de qualité encore meilleure; beaucoup d’ados passeront à  autre chose mais un certain pourcentage s’arrêtera là. Et ça c’est dommage. Ça ne m’empêche pas d’être fan de Meg Rosoff, mais il m’a été difficile de recommander ce titre à mes élèves, même les lectrices averties, ce qui est quand même un comble pour un livre pour ados. Ceci est-il un exemple parfait de "livre-d-ados-écrit-pour-les-adultes" ? Je ne sais pas, mais j’espère qu’on retrouvera la Meg Rosoff de Maintenant, c’est ma vie dans son prochain roman, qui sort en aout prochain. 

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17 septembre 2008

La route des ossements

417Gp1R688L__SS500_Anne Fine
The Road of Bones, traduit par Sophie Aslanides
(L'Ecole des Loisirs, collection Medium)

Merci à Gawou qui m'a prévenue de la sortie (tres tardive, par rapport à chez nous) du dernier Anne Fine en France. Pour lire mon avis, c'était par ici, en juin 2007!

Ne soyez pas découragés par cette couverture, hum, étonnante ....

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12 août 2008

Mon nez, mon chat, l'amour... et moi

rennisonLe journal intime de Georgia Nicolson, tome 1
Louise Rennison

Angus, Thongs and Full-Frontal Snogging, traduit par Catherine Gibert
(Gallimard Jeunesse, collection Scripto)

Je l’avoue, ça fait très longtemps que j’ai lu ce livre (en 1999, à sa sortie !) mais l‘adaptation cinématographique vient de sortir ici et ça m’a donné envie de le mettre à l’honneur.

Georgia est une ado comme les autres ; elle a des parents un peu trop louches à son gout (le père veut immigrer en Nouvelle-Zélande, la mère oublie facilement son âge et s’habille un peut trop « jeune »), une meilleure amie qui peut être une sacrée bourrique, le béguin pour le garçon le plus canon du coin et un chat qui a de sacrées crises d’identité. Mais ce ne n’est rien comparé à la monstruosité qui se trouve au milieu de son visage : son horrible nez! Bref, Georgia hait sa vie, et elle nous raconte toutes ses péripéties amoureuses et autres à travers son journal qui est, il faut bien le dire, souvent hilarant.

A l’époque de sa sortie, le style choisi par Rennison était tout nouveau il n’y avait rien de similaire, alors que maintenant les étagères des librairies grouillent d’imitations, la plupart très médiocres, à l’exception de la série de Sue Limb (qui tout comme Rennison, a écrit des comédies pour les chaines radio de la BBC). Ce livre est donc, à mon avis, précurseur de ce genre on se doit de le reconnaître comme tel ! Le reste de la série n’est pas à la hauteur par contre je trouve (je me suis arrêtée après le deuxième, mais le neuvième vient de sortir ici).
Malheureusement avec la traduction, la version française perd un des atouts majeurs de cette série : les titres aguicheurs aux sous-entendus hilarants (Knocked-out by My Nunga-nungas, And That’s When it Fell off My Hand …, Then He Ate my Boy Entrancers) mais bon, vous au moins vous avez les illustrations de Claire Bretécher !

Bref, si vous ne l’avez pas encore lu, courez-y, c’est une lecture de vacances parfaite, drôle et légère !


Et voici la bande-annonce du film:

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22 juillet 2008

Le visage de Sara

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Sara's Face, traduit par Laetitia Devaux
(Gallimard Jeunesse, collection Scripto)

Sara a 17 ans, et elle veut devenir célèbre. Jeune fille jolie mais instable et profondément malheureuse, elle est prête à tout pour arriver à son but. Lorsqu’un accident la force à séjourner à l’hôpital, une opportunité inespérée se présente : Jonathon Heat, célèbre chanteur et idole de Sara, y est présent et vient lui rendre visite. C’est un homme qui, à coup de bistouri, a réinventé son image à tellement de reprises qu’il est maintenant obligé de porter un masque pour cacher son visage qui n’est plus l à. Jonathon s’aguiche de Sara et l’invite à s’installer chez lui, à la relooker, à l’aider à devenir célèbre. Mais ses motifs, peu à peu découverts, sont moins qu’honorables et plus que sinistres !

J’ai beaucoup « tâtonné » au début de ce livre; je ne sais pas trop pourquoi car j’aime beaucoup la façon d’écrire de Burgess et ses livres en général. Bref j’ai pris longtemps à me  "jeter dedans", mais une fois dedans je n’ai pas été déçue ! Ce livre est un vrai "showcase" du talent d’écrivain de Burgess. Lui-même fait partie de l’histoire car il en est le narrateur; on apprend au début qu’il a été commissionné par la fondation Lucy Smith pour écrire un récit de ce qui est arrivé à Sara. C’est troublant tellement c’est bien fait ; bien que je savais que ce n’était qu’un roman, il a quand même fallu que j’aille vérifier sur Internet car je commençais à douter que Sara et Jonathon étaient des personnages fictifs.

Bien que Burgess nous présente ici une satire du culte actuel de la célébrité et l’éternelle jeunesse, le livre reste avant tout un très bon thriller psychologique. Sara souffre peut-être de trouble bipolaire, elle est peut-être même schizophrénique ; grâce à ses humeurs et ses changements de tempérament, on ne sait jamais quoi attendre d’elle. Elle est à la fois innocente et coupable, victime et orchestratrice de son malheur et le lecteur se sent que constamment dérouté, incapable de deviner la suite. Le dénouement dans l ‘épilogue m’a d’ailleurs scié ! Le récit verge sur l’horreur quelque fois grâce aux visions fantomatiques que Sara décrit dans son journal vidéo, ce qui n’aide pas à calmer les nerfs du lecteur !

Bref, un autre coup de force de lap art de Burgess qui comme toujours arrive à nous surprendre.

Des jeunes acteurs ont recréé les extraits du journal vidéo de Sara , c’est par ici que ça se passe (en anglais, of course).

Et pour entendre Melvin parler lui-même de ce livre et des autres, c’est ici sur le site Meet the Author, et là, dans l’émission littéraire de Marelia Forstrup (qui m’énerve à dire que les ados ne lisent pas !)

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05 juin 2008

Je veux vivre

jeveuxvivreJenny Downham
Before I Die ..., traduit par Aleth Paluel-Marmont
(Plon Jeunesse)

Tessa a tout juste 16 ans et elle va mourir. Elle le sait, car la leucémie dont elle souffre depuis plusieurs années est désormais incurable. Tiraillée entre la révolte et la peur, Tessa décide qu’avant de mourir, elle veut expérimenter le plus de choses possibles : la drogue, le sexe, la célébrité, faire quelque chose d’illégal … Avec l’aide de sa meilleure amie Zoey (détestable et à laquelle on ne peut pas faire confiance, au début du livre en tout cas, ça change plus tard …) et de ses parents qui ferment les yeux sur ses excès, Tessa commence sa course contre la montre. Mais c’est sans compter sur l’arrivée dans sa vie d’Adam; grâce à lui elle pourra ressentir ce qu’elle ne pensait jamais connaitre avant de mourir : tomber amoureuse.

Etrangement, on ne prend jamais pitié de Tessa. On ressent de la compassion oui, mais surtout beaucoup d’admiration pour ce petit bout de femme. Il n’y a pas d’apitoiement, c’est une histoire qui célèbre la vie, et la volonté de profiter de cette vie au maximum, quand elle nous échappe trop tôt. C’est pour cette raison que j’ai trouve le choix du titre en français très intéressant: Je veux vivre plutôt que Avant que je meurs (Before I die).

A la fin du chapitre neuf, lorsque Tessa apprend que la fin approche plus vite que prévu, elle dit : 

“I don’t want t die like this, not before I’ve even lived properly. It seems so clear to me. I feel almost hopeful, which is mad. I want to live before I die”.


Malgré le message positif du livre, la fin (pourtant inévitable) sera sans aucun doute émouvante pour les ados mais elle restera déchirante pour beaucoup d’adultes ; en tout cas, elle l’était pour moi. J’ai dû poser le livre et le laisser. Mes loupiots jouaient autour de moi et je n’avais pas la force de penser à ça, cette peine insurmontable qu’est de voir son enfant mourir. Je l’ai repris plus tard, plus calmement mais une fois le livre fini, j’ai tout de même sangloté presque hystériquement pendant au moins 10 minutes.

Pourtant, la fin n’est pas triste, elle est même très belle ; la façon dont Downham décrit les derniers moments de Tessa est très touchante, et paisible. Mais je ne pouvais m’empêcher de penser au père de Tessa, et ce qu’il pouvait ressentir. C’est une lecture émouvante, éprouvante, mais qui vaut vraiment le détour (ça m’a d’ailleurs énormément énervé que ce livre ne soit pas sélectionné pour la Carnegie Medal, mais ceci est une autre affaire).

L'avis de Clarabel

Posté par Library Mice à 07:20 - romans ado - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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